
Puzzle, journal d’une Alzheimer
Recension de :
Sophie Duesberg
Thème :
Seniors
Date de publication :
Samedi 8/12/2007
Mots clés :
alzheimer, démence, dépendance, lecture, personne âgée, vieillissement
Ce récit nous plonge dans le quotidien d'une femme qui a trouvé refuge dans la peinture et la poésie pour gérer cette maladie qui, jour après jour, défait le puzzle de sa mémoire.
Claude Couturier, 52 ans, est artisan. A 49 ans, elle découvre les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer.
Ce témoignage d’une valeur documentaire, est surtout très émouvant par la sensibilité qu’il révèle et par la personnalité de l’auteur : son courage, son humour et son authenticité.
Elle ne cache rien de ses révoltes, de ses angoisses et de ses peurs, tout en luttant âprement pour sauvegarder ce qui la rattache à la vie et pour épargner les siens.
Malgré tout, elle continue de peindre, dessiner, écrire des poèmes et faire des projets.
En mai 2004, elle ouvre un forum (groupe de discussion) sur Internet, pour permettre aux malades et à leurs accompagnants de s’exprimer ; beaucoup de professionnels y sont également inscrits. Elle est membre de l’association France Alzheimer.
Habituellement ce ne sont pas les malades atteints par cette affection qui peuvent témoigner puisque souvent, le diagnostic est établi trop tardivement, ou la personne, effondrée, ne songe même pas qu’elle puisse être encore capable de s’exprimer.
Ce livre permettra à toutes les personnes qui accompagnent les malades de comprendre en partie ce qui se passe dans leur tête.
Cette maladie n’est plus un tabou. Des malades parlent de leur vie, de leurs attentes, de leurs besoins. Claude Couturier fait à cet égard figure de pionnière.
Elle raconte :
« J'ai 56 ans. Mais j'ai appris que j'avais la maladie d'Alzheimer à 49 ans je crois... Je ne compte plus. C'est jeune. Mais une des formes de cette maladie touche principalement les moins de 60 ans. Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. J'oubliais des choses, des commandes de clients, je perdais le sens de l'orientation, je ne reconnaissais plus des routes que pourtant j'avais l'habitude de prendre. Je salais mes tartes, je sucrais mes omelettes. Je me rendais bien compte que quelque chose n'allait pas, mais je mettais cela sur le compte du surmenage. C'est tellement absurde ce qui vous arrive. On croit qu'on devient fou. Le diagnostic a été un véritable soulagement. J'ai pu mettre un nom sur ce qui m'arrivait. Maintenant, je sais que c'est à cause de la maladie. Je suis un traitement, je fais de la stimulation cognitive, de l'orthophonie. Je me bats. Surtout, expliquez bien que la démence est un terme médical qui signifie la détérioration des facultés intellectuelles. Alors voilà : je suis démente, mais je ne suis pas folle. »
Elle explique comment elle vit avec cette maladie :
« J'ai commencé à écrire ce journal… Encore une fois, aujourd'hui, je me suis perdue dans le parking… Je me suis rendu compte que nous étions sur la route au bout de dix kilomètres (je conduisais pourtant)… Je suis incapable de dire ce qu'on a fait exactement : tout ce que je sais, c'est qu'à un moment donné, j'avais l'impression d'avoir le vertige dans les rayons du supermarché... »
«Déjà, je ne sais pas toujours ce que j’ai fait de travers pour contrarier les uns ou les autres, mais quand je vois leurs réactions malheureuses ou contrariées, et que je me rends compte que je ne peux même plus organiser ni même envisager un avenir pour provoquer le moins de gêne possible autour de moi, ça me détruit de l’intérieur….
J’ai, par moments, des instants de lucidité terribles, où l’immensité de mon angoisse prend le dessus quand je vois l’étendue de la dégradation de mes facultés dites « normales ».
Le dernier chapitre de ce livre reprend - sous forme de questions au Docteur Michèle Micas, gérontologue, psychiatre de formation et spécialiste des problèmes de la maladie d’Alzheimer – une série d’explications et d’informations.
Cela pourra aider les personnes atteintes et leur entourage, pour affronter cette difficile situation, se battre le plus tôt possible, accepter ce qui ne peut changer, mais changer ce qui peut l’être.
Puzzle, journal d’une Alzheimer
Puzzle, journal d’une Alzheimer