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Contes et mythes sur le chemin de la Mort

Contes et mythes sur le chemin de la Mort

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Auteur :
Le Cefem

Thème :
Seniors

Date de publication :
Dimanche 26 Octobre 2008


Mots clés :
accompagnement, deuil, mort

“... Les initiations, j’en suis sûr, ne transmettaient rien d’autre qu’une clé permettant de lire le mot “Mort” sans préfixe négatif ...”(R.M. Rilke)

La mort n’est pas un échec. Elle fait partie de la vie. Elle est un événement à vivre. Le “temps de mourir” a une valeur, et notamment une valeur créative.

Personne ne peut nous indiquer le sens de notre vie. Nous seuls pouvons le découvrir et y avoir accès. Une fois que nous savons ce qu’est la vie, nous savons ce qu’est la mort.

La mort fait partie du même processus que la vie, la vie et la mort sont les deux pôles d’une même énergie, d’un même phénomène et ainsi, elles ne sont ni séparées, ni opposées, mais elles sont complémentaires. Par conséquent, la mort n’est pas la “fin de la vie” mais “l’accomplissement d’une vie”, son point culminant.

Apprendre à vivre, c’est la seule façon de nous apprendre à mourir.

La vie n’est qu’une série d’insécurités, car si les événements de la vie étaient prévisibles, la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

L’homme, depuis toujours, veut vivre en liberté. Mais cette liberté exige l’insécurité et l’incertitude; en conséquence l’homme devrait renoncer à la recherche de la certitude, mais poursuivre la quête de la compréhension. Une compréhension propre à chacun de nous, unique et incomparable à une norme quelconque.

Chaque vie est une série de transformations, qui a comme but d’amener à terme le “processus d’individuation”. Il s’agit de devenir SOI, de devenir ce que nous sommes depuis toujours sans que nous le sachions. Il est la suprême réalisation de nos dispositions propres, innées à chaque être particulier.

L’individuation consiste en une série d’évolutions de la personnalité grâce à l’intégration progressive des multiples facteurs qui la constituent. On pourrait dire: une ré-appropriation de nos morceaux dispersés.

Dans la vie, et encore moins dans la mort, il n’y a pas de “bonnes” et de “mauvaises” attitudes dans l’absolu, il y a uniquement l’attitude qui est guidée par “la priorité du soi”.

Il est important de préciser la définition de la transformation. La transformation n’est pas en effet une fuite linéaire du temps, où le présent s’écoule entre nos mains et nous quitte à jamais. C’est juste le contraire, c’est une marche cyclique qui ramène vers nous, à l’heure marquée, ce que nous avions abandonné de bon cœur.

Ces processus d’intégration sont évoqués dans certaines langues par le mot: “Guérir” ou “être en santé”. En allemand par exemple, le mot “GANZHEIT” qui veut dire “santé” avait comme racine le mot “GANZ” c’est-à-dire “entier”.
“Guérir” ou “être en santé” signifie ainsi “se rendre entier”. Dans ce sens, l’homme, même sur le chemin de la Mort, s’il atteint cette “entièreté”, est “en santé” ou plus précisément “son âme est en santé”. Je proposerais d’appeler cette “santé d’âme” simplement “un état de grande paix”.

C.G. Jung évoque à divers endroits de son œuvre “l’état d’inachèvement psychique et spirituel” de nombreux êtres au moment de leur mort. Inachèvement par rapport à leurs potentialités propres non réalisées, et aussi par rapport au degré de conscience optimal qu’il serait possible d’atteindre dans leur vie.

Le soi est réalisé, quand l’homme a accompli sa destinée, alors l’homme n’est plus un inachevé. L’accompagnement des mourants par les contes, par les contes de fées tente d’achever le chemin qui a été commencé et interrompu avec la maladie avant d’arriver à destination.

L’accompagnement par les contes répond au besoin psychologique de la personne en fin de vie que j’appellerais “la quête du sens”. De la même façon comme le corps a besoin de nourriture, la psyché a besoin de sens pour exister. C’est bien l’absence de sens qui caractérise notre monde moderne face à la mort. Pourtant, être confronté à la mort oblige à une réflexion sur le sens de la vie, sur nos valeurs profondes.

L’être humain qui découvre l’arrivée de sa mort est animé d’un désir d’aller au bout de lui-même et il cherche à se rapprocher de sa vérité la plus profonde. Jean-Yves LELOUP dit: “il désire son Être”. Il appartient à chacun d’entre nous de trouver son SENS. L’absence de sens C.G. JUNG le définit fermement comme une “névrose”. (La névrose selon lui est simplement “la souffrance d’une âme qui n’a pas trouvé son sens”).

Cette “quête du sens” me fait penser à une ancienne théorie hindoue, encore très pertinente, qui dit: “on ne guérit pas une maladie, mais c’est la maladie qui nous guérit”. La maladie est une tentative de la Nature pour guérir l’homme, de le rendre “unique, séparé et entier”.

De nombreux contes abordent le thème de la “nécessité de la souffrance” et présentent la notion de quête comme une étape initiatique.

La souffrance est une composante fondamentale de la vie humaine, sans laquelle on demeurerait dans un état indifférencié, chaotique et insignifiant.

“C’est dans le conflit que le SOI se manifeste” dit Jung. Ainsi la souffrance est indispensable car toutes nos réponses ou solutions s’élaborent à partir d’une souffrance intense. Chaque épreuve est une possibilité qui nous est offerte, une possibilité de grandir. La nuit est aussi précieuse que le jour et la tristesse aussi nécessaire que la joie.

On ne peut pas et on ne devrait pas empêcher une certaine souffrance affective et spirituelle qui fait partie du processus de fin de vie de chacun. On peut seulement éviter que cette part de souffrance ne se vive pas dans la solitude et l’abandon. Dans ce sens, on peut distinguer “les souffrances porteuses de sens” (la souffrance révélatrice) et “les souffrances vides de sens” (la souffrance inutile). Dans la majorité des cas, le malade demande à être accompagné dans les différentes étapes de son questionnement sur la mort et d’être accompagné aussi vis-à-vis des émotions qu’il vit intensément.

On connaît les “stades”, décrits par Elisabeth KÜBLER-ROSS (la phase de dénégation, de révolte et colère, de marchandage, de tristesse, d’acceptation). Ces phases suscitent toute une série d’émotions que le malade devrait gérer le mieux possible. Le doute, le désespoir, l’attachement, la peur, l’orgueil ou l’abandon, sont des sentiments qui absorbent le mourant et qu’il doit pouvoir exprimer et intégrer. Il est nécessaire de reconnaître ces émotions quand elles apparaissent et de les guider jusqu’à l’apaisement.

Les contes et les contes de fées sont d’excellents outils de travail. Ils sont des “remèdes naturels” qui agissent au travers d’un système symbolique universel, permettant une confrontation face à ses propres sentiments par identification. Chaque conte proposé au mourant est une représentation de nos processus psychiques.

La plupart des contes populaires décrivent une métamorphose dans laquelle le héros ou l’héroïne initiés franchissent des étapes pleines de risques psychologiques et atteignent ainsi un niveau de conscience supérieure. Par ce fait, le conte devient un “fil conducteur” du processus de maturation.

Les contes mythologiques ont une place privilégiée parmi les contes: en effet, ils situent l’homme en face de ce qui lui est caché, inconnu et de fait lui confèrent un sens collectif et sacré. (Le mot “sacré” devrait être entendu dans le sens de “spirituel” et non pas de “religieux”).

Les mythes nous permettent d’étudier la question des “archétypes” 1, qui constituent notre inconscient collectif.

La théorie des Archétypes n’est pas une invention propre de C.G. Jung. Depuis les premiers siècles de notre ère ce terme était déjà apparu. Par Archétype, on entend des formes ou des images de nature collective, qui se manifestent pratiquement dans le monde entier comme des éléments constitutifs des mythes et des contes.
Ces “images primordiales” désignent les contenus psychiques qui n’ont pas encore été soumis à une élaboration consciente.
L’archétype, comme image originelle, représente un centre chargé d’énergie, comme écrit Jung: “L’expérience vécue d’un archétype possède la propriété de numinosité”.

Selon la pensée jungienne les contes et encore plus les contes mythologiques, sont les représentations des phénomènes psychiques archétypaux qui suggèrent symboliquement l’intégration de l’inconscient personnel et de l’inconscient collectif à la personnalité de l’individu effectuant ainsi « le processus d’individuation ».

Le stade ultime de l’Homme est la « réalisation de Soi », la réalisation de son identité intime dans sa totalité divine. Voici un chemin difficile et boueux que la plupart des contes mythologiques évoquent.

  • L’Homme à sa naissance est enfermé dans un “Chaos primordial et fusionnel” où son être demeure indifférencié. Ce stade représente une certaine stérilité à cause d’une expérience unilatérale omnipotente dans laquelle manquent toutes les expériences avec “l’autre”.
    Pour émerger de cette « confusion enveloppante », il doit réaliser son premier acte créatif, douloureux, qui est la séparation.
    L’homme obtiendrait ainsi sa première condition humaine: être séparé.
  • Dans une grande partie de sa vie, l’homme éprouve une “solitude” douloureuse malgré son appartenance relative à la société qui l’entoure.
    Selon Jung, cette solitude est justement ce qui rend la vie intéressante et digne d’être vécue. C’est une solitude importante, car en l’expérimentant jusqu’au bout, elle nous permet d’approfondir notre différence, notre côté “atypique”.
    La solitude nous procure la seconde condition humaine: une certitude d’être unique.
  • Vers la fin de sa vie, l’homme devrait retrouver un sentiment de totalité, un peu comme à sa naissance, mais fondamentalement différent: un désir d’appartenance profonde après avoir été laborieusement différencié.
    Comme le fruit qui rejoint son origine, la Terre, après être venu à maturité, comme l’eau qui après avoir parcouru le chemin tortueux du ruisseau au fleuve, arrive à l’océan, l’homme rejoint sa totalité métaphysique. Un sentiment de “Je suis dans le monde et le monde est en moi”. Tout retourne à sa source originelle, tout doit y retourner.

La vie, c’est “oublier” la source originelle, s’en éloigner dans l’individuation; la mort, c’est s’en souvenir à nouveau et retourner vers elle, vers cette origine collective. Jung utilise l’expression de « processus d’unification mystique ». Les symboles de cette étape représentent le processus de la vie qui transcende la durée et évoque une renaissance sous-jacente de la vie dans laquelle le mourant vit une dissolution apaisante et consolante.
Dans la phase finale, l’homme obtient sa troisième condition humaine: d’être entier.

Assumer d’être séparé, unique et entier: telles sont les tâches fondamentales abordées dans les contes mythologiques.
Les anciens parlaient d’ “Ars moriendi” et effectivement on peut parler d’ “un art de mourir”, car chaque chemin est différent et malgré les nombreuses similitudes, il fait chaque fois référence à une expérience intérieure, intime de la personne. En conséquence on ne peut pas parler de “méthode” dans cet accompagnement. L’accompagnement du mourant au travers du conte n’exige point des “formules techniques” mais bien une intégrité affective et une présence authentique.


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