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Poèmes

DE LA POESIE, POURQUOI ?

Que vient faire ici la poésie, ce langage qui bouscule les grammaires à la recherche d’une mélodie de mots ?

« La poésie », écrit Pol Celan, « cette parole qui recueille l’infini là où n’arrivent que du mortel et du pour rien » ou encore, « tentatives de celui qui, survolé d’étoiles… sans l’abri d’une tente,… à découvert, prend son existence et va vers elle vers une parole, blessé par la réalité et cherchant la réalité. » (1) (traduction de l’Allemand)

« A l’école de la poésie, on se bat ! », crie Léo Ferré.

La poésie parle de tout : d’amour, de révolution, de quête, de tristesse comme de beauté. Pourtant, elle échappe à l’anecdote du récit ou à la construction du roman. Elle trace seulement à la surface d’un instant des émergences, des impressions, des méditations qui se sont acheminées du fond de l’âme. Elle s’adresse à tous ceux que la vie a conduits sur le chemin d’un retour à eux-mêmes. Elle parle de trajectoires, de moments suspendus, de rencontres terrifiantes.

Elle évoque quelques rivages où échouer. Elle dessine des images pour l’indicible.

La question serait alors plutôt : comment se passer de la poésie au moment où la vie, à l’occasion d’un deuil, d’un accompagnement ou d’une maladie, nous ébranle et nous ramène au fond de nous-mêmes, le seul socle où appuyer notre existence effondrée ?

« …je suis bien aussi vivant que mon amour et que mon désespoir », écrit Paul Eluard. (2)

De l’âme du poète surgissent les mots qui parlent de la nôtre pour nous relier à notre humanité profonde…

Anne Debra, formatrice au Cefem

Nous remercions très aimablement les Editions Actes Sud qui nous autorisent à reproduire quelques poèmes extraits de l’ouvrage d’Henry Bauchau intitulé "Nous ne sommes pas séparés, Henry Bauchau © Actes Sud, 2006"