
La force de guérir
Le livre s’adresse « à tous ceux qui souffrent et à ceux qui désirent les aider », écrit le Docteur ZARIFIAN, en exergue de son ouvrage. Et de dire et répéter tout au long des 200 pages que « soigner, ce n’est pas uniquement un acte technique, c’est aussi écouter, savoir entendre la vérité de l’autre derrière les paroles et parfois les silences qu’il énonce »
Somme toute, un livre qui cogne sur une médecine, sur des médecins et des soignants qui oublient la personne malade derrière la pathologie qui requiert leurs soins.
Un récent colloque organisée par la Fondation Roi Baudouin sur le thème « Attention patient », plus exactement sur « l’écoute en milieu hospitalier », a dénoncé, oh ! combien, les carences relationnelles entre patients-soignants-familles.
A l’exemple du Docteur Zarifian, nombreux furent ceux qui, parmi les 500 personnes présentes, relevèrent qu’à l’hôpital « vous n’êtes plus une personne mais un objet » et que trop souvent vous n’y êtes désigné et appelé que par le nom de votre organe malade.
« Je vais faire le lit du larynx », ou « le vingt-deux a demandé le bassin… »
La force de guérir ne passe pas que par le courage du malade, la compétence du médecin, la qualité des soins infirmiers, elle passe aussi « par de toutes petites choses, des révolutions qui ne grèveraient pas d’un centime le budget de l’assurance maladie ».
Et le Docteur Zarifian de multiplier les exemples, les situations vécues, les témoignages d’où il ressort toujours que la force de guérir est à chercher et à trouver dans « l’humain » autant que dans le médical.
C’est vrai, et nombre de praticiens l’ont confirmé lors du colloque de la Fondation Roi Baudouin, médecins et soignants sont, qu’ils le veuillent ou non, pris dans l’étau de la technologie qu’ils doivent parfaitement maîtriser, étant entendu qu’elle offre des solutions thérapeutiques aussi performantes qu’évidentes.
En regard de ces progrès dont les patients sont les premiers bénéficiaires, la demande « d’humain » n’aura jamais été aussi suppliante. Et le Docteur Zarifian, psychiatre, de confirmer que le malade « n’est pas soigné uniquement par un savoir technique mais aussi et d’abord par un être humain », par un soignant qui établit une relation d’échange avec le patient et ses proches.
Par ailleurs, l’argument d’autorité du médecin : « c’est vrai parce que je vous le dit » n’est plus de mise.
Certes, l’expérience et la compétence conjuguées pèsent légitimement sur les décisions à prendre, les traitements à prescrire, mais plus sans l’assentiment du patient car, et cela fut fermement souligné lors du colloque, « le malade a toujours raison ».
Affirmation qui rejoint J.B. Pontalis lorsqu’il écrit « la douleur n’est qu’à soi »
Alors, la force de guérir ?
Elle se situe au carrefour du « vouloir guérir » et du « vouloir soigner ».
« Il faut vouloir soigner avec conviction pour pouvoir communiquer au soigné la volonté de participer activement à sa guérison. On ne triche pas avec la sincérité du désir. Faire semblant n’abuse pas et ne convainc personne. Il n’y a pas de truc pour être vrai »
Reste un obstacle majeur : le temps !
Le temps, c’est ce qui manque le plus à l’heure d’aujourd’hui, se plaignent tous les soignants, du moins tous ceux qui visent une maladie humaniste, centrée sur l’être humain autant que sur la maladie.
Au sujet du temps, il y aurait beaucoup à dire, car les alibis pour accuser le temps sont nombreux, si tant est que l’écoute de la personne malade relève d’abord d’un état d’esprit.
Et le Docteur Zarifian de conclure en s’adressant magistralement aux malades :
« … n’écoutez pas ceux qui vous expliquent que vous ne comptez pas, que vous ne pouvez rien, que votre sort repose entre leurs seules mains et que, bien entendu, tout sera réglé demain. J’en appelle à chacun intimement. En vous réside une force. Alliée au désir de soigner, elle permet de gagner. Il faut l’utiliser. Car c’est la force de guérir »
Recension par Claire Kebers
la force de guérir
la force de guérir