Recension de :
Sophie Duesberg
Thème :
L'écoute
Date de publication :
vendredi 23/09/2011
Mots clés :
écoute
Ce livre surprenant tente de dire la transmission d’un enseignement, celui de Philippe van Meerbeeck à la faculté de médecine depuis 25 ans, transmission à laquelle réagit Jean-Pierre Jacques qui a assisté à tous ses cours et qui pousse plus avant l’ouverture au débat.
L’enjeu de cet ouvrage est de montrer à quel point la relation est au cœur même de la pratique des métiers de soin. Elle est au centre, elle est déterminante, elle est un levier thérapeutique formidable. Levier que l’évolution scientifique de la médecine aujourd’hui tente de faire oublier.
Comme le dit Philippe van Meerbeeck : « Le malade humain est d’abord humain et comme humain, il est relationnel. Et comme il est relationnel, il est avant tout malade de ses relations qui influencent sa santé, laquelle n’est jamais une affaire de biologie exclusivement. » … « La médecine scientifique est fondée sur le modèle animal tandis que les humains ne sont pas des rats de laboratoire. Ce sont des humains complètement construits par du relationnel, lequel structure leurs enjeux inconscients et influence leur vie dans toutes ses modalités et tous ses paramètres. Ainsi la biologie et la physiologie de chaque patient que l’on soigne sont largement dénaturées parce qu’il est un être humain, relationnel, et qu’il est avant tout un être de langage. »
Il s'agit donc pour les auteurs de traquer l'inconscient et l'infantile partout où ces registres de l'humain sont aux commandes, c'est-à-dire aussi bien dans la demande du malade que dans l'effort du soignant.
Comment rendre vivant et concret les effets d'inconscient aux oreilles des étudiants en médecine et des autres « sciences de la santé », alors que l'ensemble de leur formation les écrase de savoir et de l'idée de la maîtrise possible ?
Soigner nécessite de comprendre le « malentendu » de la demande et de la pratique médicale, de décoder la plainte au-delà des mots qui l’expriment. Soigner implique aussi de comprendre le besoin de croyance, la pensée magique qui persiste chez tout un chacun y compris l’universitaire le plus rationnel. Soigner, c’est savoir reconnaître la violence intrinsèque de l’ordre médical afin de pouvoir la mesurer et la contenir.
Ce livre tente de nous faire comprendre l’importance d’ajouter à l’observation scientifique l’art de l’écoute.
Les auteurs reprennent une phrase de Cicely Saunders (pionnière des soins palliatifs en Grande-Bretagne) : « Un jour, j’ai demandé à un homme qui se savait mourant ce qu’il attendait avant tout de ceux qui prenaient soins de lui. Il me répondit « que quelqu’un ait l’air d’essayer de me comprendre ». Certes comprendre pleinement autrui est impossible, mais je n’oublierai jamais que cet homme ne demandait même pas que quelqu’un y parvint, mais se sente suffisamment concerné pour essayer. »
Dans un langage clair et incisif, les auteurs recourent à la psychanalyse et à la prise en compte de ce qui est aux commandes dans les rencontres thérapeutiques, c’est-à-dire ce qui se passe d’inconscient à inconscient.
Ils expliquent le développement de la psyché en abordant : l’origine de la vie, le désir d’enfant, l’enfance et la crise de la famille, l’adolescence et l’autorité parentale, la vieillesse, les secrets de famille, la maladie d’Alzheimer, la mort, les soins palliatifs, l’euthanasie.
Ensuite ils nous entraînent dans les méandres de la psyché en action dans la relation, en explorant la séduction, l’amour (ses dimensions et ses maladies), la pensée magique, le besoin de croire, les médecines douces, l’effet placebo, la violence et la peur.
Pour arriver à la violence du « tout économique », « le temps, c’est de l’argent », le burn out des soignants, la médecine malade et qui se féminise.
In fine, ils concluent en questionnant : l’avenir de l’Homme, l’altérité, le sens de la souffrance, pourquoi le mal ?
Ce livre est un formidable plaidoyer pour une médecine qui :
- développe une conception globale de la santé et de la maladie,
- intègre le vécu, la parole et la vérité qui constitue chaque patient,
- accorde de l’importance aux peurs, aux attentes, aux incompréhensions,
- écoute le sens que le patient donne (ou cherche) à ce qui lui arrive,
- reconnaît la puissance que l’inconscient déploie (parfois de façon bénéfique, parfois de façon destructrice) dans la relation de soins,
- oeuvre pour une approche la plus humaine possible.
Cet ouvrage est à lire aussi bien par tous les intervenants dans la relation d’aide ou de soins que par les patients eux-mêmes. Il donne un éclairage sur les enjeux très personnels qui appartiennent à chacun et sur ce qui se passe dans les relations soignants/soignés.
Recension proposée par Sophie Duesberg, formatrice au Cefem
l'inentendu
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