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Etre formateur : Pourquoi et comment ?

Etre formateur : Pourquoi et comment ?

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Auteur :
Claire Kebers

Thème :
L'écoute

Date de publication :
Samedi 22 Novembre 2008


Mots clés :
accompagnement, deuil, écoute, éthique, formation, mort

Formateur, thérapeute : L'écart

Dans cet entre-deux, le formateur assume un travail qui est à la fois de dévoilement des résistances des participants face à la perte et à la mort et de réassurance en chacun. Maintenir un travail formatif c’est donc laisser affleurer des conflits entre la vie et la mort, la maîtrise et l’impuissance, mais dans un climat ouvert à des résistances qui puissent être exprimées, vues, entendues, surmontées parce que comprises.

Il arrive que pour certains participants la formation débouche sur la prise de conscience qu’un travail plus personnel leur serait bénéfique. Prise de conscience hautement estimable, mais dans ce cas, le travail thérapeutique se différenciera du travail formatif et s’élaborera ailleurs et dans un autre temps.

L’éthique du formateur veut qu’il ne se présente pas comme thérapeute là où il ne lui est demandé que d’être formateur. Il importe donc qu’il différencie clairement son rôle de celui du thérapeute.
D’abord parce que la demande à laquelle il répond concerne un apprentissage et non une guérison. Ensuite parce qu’une guérison, fût-elle seulement implicite, ne saurait être correctement traitée dans les limites de la formation. Il faut au travail thérapeutique un cadre et une rigueur que la formation n’assure pas.
Par conséquent, si le formateur suscite l’expression des sentiments et des résistances, souligne les exigences de l’écoute, propose un travail au sein même de l’expérience et de la recherche de chacun dans le groupe en formation, il évite tout autant de s’engager et d’engager les participants dans une relation de transfert, objet par excellence de la thérapie et de ses implications.

Le terme «transfert» concerne le report sur la personne du thérapeute des affects positifs et négatifs liés aux relations infantiles du sujet. Plus largement et rapidement dit, est transfert le comportement irrationnel reproduit de l’enfance et manifesté dans la relation thérapeutique.

Au cours de la formation, particulièrement dans sa phase initiale, se pose chez les participants la question plus ou moins occultée de savoir ce que désire le formateur. S’établissent par la suite, entre les participants des liens d’affinités, sorte de complicité privilégiée sous le regard du formateur - père ou mère. Nombreux sont les participants qui disent du groupe qu’il est «comme une famille». Une famille dont il faudra vivre la dispersion en fin de formation.

Un autre mouvement transférentiel conduit le groupe à substituer au formateur, le professeur dispensateur d’un savoir mythique sur la vie et la mort. La relation entre le formateur et le groupe en travail de formation est dynamisée ou au contraire paralysée, dans tous les cas infiltrée par les références inconscientes (ou plus au moins conscientes selon les personnes) au père initiateur, à la mère réparatrice, au médecin guérisseur, au professeur détenteur du savoir.

La capacité empathique du formateur, sa perméabilité à la vie psychique du groupe, son aisance et sa liberté dans le champ symbolique de la relation formative, sans se faire ni père ni mère, ni professeur ni gourou, sont dans le chef du formateur, des exigences professionnelles d’ordre éthique.

Pourquoi ?

Dans le cadre spécifique d’une formation à l’écoute des personnes malades, âgées, en fin de vie, en deuil, la question «pourquoi est-on formateur» se pose avec une exigence accrue.

Trois dimensions parmi d’autres sont présentes dans l’objectif du formateur.

Le désir d’ouvrir à autrui le labyrinthe de la vie et de la mortalité au travers de l’écoute de soi, et par conséquent des autres.

Le souci de partager la reconnaissance de la dimension existentielle présente dans les soins médicaux et dans leurs approches techniques.

Le troisième point concerne plus particulièrement la dynamique du formateur et de la formation, à savoir la certitude acquise que la maladie grave mobilise chez les patients, les soignants, les bénévoles et les familles des pensées, des peurs, des sentiments, des désirs, des attentes qui infiltrent les relations des uns avec les autres, et qu’il est impérieux d’en prendre conscience, sous peine de se faire du tort ou d’en faire à autrui. C’est dire que la préoccupation du formateur est ici de proposer à des personnes motivées le fruit de son expérience singulière laquelle l’amène à cette évidence: toute relation à autrui est teintée de la relation à soi-même. C’est d’ailleurs autour de la souffrance qu’apparaît avec le plus d’acuité cette évidence qui, consciemment et inconsciemment, module l’écoute et l’accompagnement.

Les motivations qui poussent à devenir formateur, particulièrement dans un domaine où se touchent indissociables la vie et la mort, sont diverses et personnelles à chacun. Néanmoins, il en est une incontournable: que ce soit l’ampleur de la vie qui détermine le désir d’être formateur dans le cadre propre à l’écoute et à l’accompagnement des personnes, jeunes ou âgées, touchées par la maladie et l’approche de la mort.

L’ampleur de la vie, autrement dit l’amour de la vie est nécessaire à tout un chacun pour qu’il puisse accepter sa mortalité, et écouter, entendre, accompagner celle d’autrui. Le formateur n’aurait fait passer que ce message ou n’aurait conforté les participants à la formation que dans cette expérience, il aurait déjà atteint l’un des objectifs de la formation.

Ceci dit, si l’on sait qu’au chevet du souffrant qu’est le malade ou le mourant, seul émerge et subsiste le sentiment de pauvreté et de petitesse, à quoi sert-il d’avoir recours à une formation, à quoi sert donc le formateur ?

L’erreur serait grave - il arrive qu’elle le soit ou dans tous les cas qu’elle soit tentante - de conférer à la formation et donc au formateur, une sorte de pouvoir sur la finitude des choses et la mortalité des êtres. En quelque sorte une formation pour «apprivoiser la mort» (comme cela s’est déjà dit) et donc un formateur dont la compétence et le statut prendraient une place omnipotente, confondue avec le pouvoir d’écarter la peur de la mort, et la mort elle-même !

Dans le sillage de la perte, du deuil et de la mort, il n’y a de formateur au sens fort du mot et de la fonction que dépouillé de tout pouvoir. Non privé d’un savoir qui fonde sa compétence professionnelle et son choix d’être formateur, assure sa crédibilité au sein du groupe en formation, mais désencombré de la tentation du pouvoir sur l’humaine finitude des choses et des êtres. C’est dire qu’une formation à l’écoute dans le cadre direct de la vie, de la mort et des soins palliatifs amplifie, du moins à son début, les mouvements de déni de la perte, de l’angoisse et de la culpabilité.

C’est alors que le dépouillement du formateur, son acquiescement à l’impuissance, à l’inconnu et au non-su constituent paradoxalement le savoir qui lui permet d’être formateur.

Formateurs, comment ?

En ayant abordé pour lui-même d’abord l’interrogation qui ne rate jamais son rendez-vous avec l’angoisse: pourquoi mourir ?

Sans l’affrontement à cette question, la formation dispensée par le formateur risquerait de devenir une école de rationalisation sur la vie et la mort. Une manière pour chacun de parler maladie, inquiétude, séparation, deuil sans trop s’y laisser prendre, d’en parler comme on cause, pour éviter de se laisser interroger ! Le formateur ne saurait susciter et soutenir le groupe dans l’expression de ses interrogations existentielles puis à intégrer celles-ci dans le travail de formation, s’il n’avait accompli pour lui-même cette tâche.

Reste que dans les seules limites d’une formation, si exigeante soit-elle, il est illusoire de se croire au clair ou de se vouloir au clair avec les interrogations existentielles et les sentiments qui en découlent.

Il ne s’agit donc pas de ne plus éprouver de peurs et de doutes, de ne plus se poser de questions, pas plus qu’il ne s’agit sous prétexte de formation de se croire nanti d’une écoute sans mesure et sans failles.

Il s’agit essentiellement, dans la mouvance d’une formation qui interpelle l’ETRE plutôt que le FAIRE, de vivre un sens à soi-même et à ses motivations avant d’aller aux autres.

Il est de la responsabilité du formateur de demeurer en «éveil» quant à lui-même, afin que ne lui échappent pas, le moins possible, les zones d’ombre inévitables dans la formation. L’estime de soi et la compétence sont ses outils professionnels. L’humilité et la capacité de se remettre en question sont ses outils relationnels. Le souci de susciter l’expression d’autrui constitue son outil de travail dans le groupe en formation.

Par ailleurs, face au groupe en demande de formation dans le cadre de l’écoute et de l’accompagnement de personnes malades et en fin de vie, la pratique du formateur va au-devant d’une tâche spécifique: découvrir et soutenir durant le temps de la formation une sorte de lien ultime établi entre des personnes qui reconnaissent ensemble la réalité de la vie et de la mort.

Chaque participant dans la formation attend et atteint le formateur en son point le plus humain, sans nul doute au point de sa motivation à être formateur. De la même manière, la formation recherchée par les participants devient beaucoup moins une formation qu’ils reçoivent qu’une formation qu’ils se donnent, en présence d’un formateur vivant, mortel, communiquant comme eux !

Par Claire Kebers


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