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Violence vécue par les intervenants.

Violence vécue par les intervenants.

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Date de publication :
Samedi 7 Février 2009


Mots clés :
accompagnement, démence, écoute, maltraitance, mort, personne âgée, résidents, soignant, souffrance, vieillesse

Les médias et la presse nous proposent très fréquemment de nous questionner voire de nous inquiéter des violences infligées aux personnes âgées à domicile et en institution. Des situations de maltraitance nous sont relatées et l’attitude des différents intervenants entourant la personne âgée est critiquée, les responsabilités sont recherchées, les accusations sont exprimées…

La singularité de chaque résident et le respect qui lui est dû doit bien sûr être la base du travail dans chaque maison de repos et maison de repos et de soins mais, demander à un soignant d’adhérer à cette démarche sans être lui-même écouté et reconnu comme une personne à part entière me semble non seulement une utopie mais aussi un parcours semé d’embûches et de souffrances.

Les violences vécues par les intervenants (infirmiers, aides soignantes, gardes malades, kinésithérapeutes, logopèdes, ergothérapeutes, personnel d’entretien …) se retrouvent dans plusieurs moments de leur travail, j’en reprendrai ci- après trois qui m’apparaissent exemplatives de la souffrance que peut provoquer pour le personnel le travail dans une institution accueillant des personnes âgées démentes et non démentes.

1. La confrontation quotidienne à la vieillesse, à la démence et à la mort.

2. Les conditions de travail au sein de l’institution.

3. La relation aux proches des résidents.

1. La confrontation quotidienne à la vieillesse, à la démence et à la mort.

La population des maisons de repos a beaucoup changé ses dernières années :

- L’idéalisation de la vie à domicile et l’existence de nombreux services d’accompagnement poussent les vieux à rester chez eux le plus longtemps possible. Ils entrent en maisons de repos souvent résignés ou contraints et forcés ! Leur état de santé physique et/ou psychique est souvent déficient ou perturbé, une incapacité à vivre seul s’est installée, ils sont obligés de s’en remettre à l’autre, le changement de lieu de vie n’est plus un choix.

- La durée de vie ne cesse de s’accroître et le nombre de personnes démentes augmente parallèlement.

Les intervenants de ces institutions sont donc confrontés à une dégradation physique importante, à un plus grand nombre de décès par année et à beaucoup de cas de démences.

Or face à une personne âgée chacun est renvoyé à sa propre vieillesse, à ses espoirs et à ses craintes en l’avenir. Devant une dégradation physique ou psychique importante l’effet de miroir renvoie à une image future de soi qui trouble, impressionne ou angoisse.

2. Les conditions de travail au sein de l’institution.

La plainte la plus fréquente exprimée par le personnel des maisons de repos et de soins est le manque de temps.

Si la qualité de la présence est fondamentale et permet une perception subjective différente du temps qui s’écoule, elle ne peut pas compenser le nombre insuffisant de soignants dans les institutions à ce jour. Le manque d’intervenants est une réalité qui apporte frustration, exacerbation du sentiment d’impuissance et à plus long terme épuisement et burn-out.

Voici quelques exemples :

- Un aide soignant est pendant toute sa journée dans un cantou entourée de 14 personnes démentes et doit assumer seule l’écoute des résidents, leurs toilettes, la présence aux repas et aux activités, il est face à une situation impossible et donc stressante. Il ne peut tenir sa place de référent pour tous les résidents et ceux-ci ne se sentant pas suffisamment écoutés et reconnus s’angoissent et lui renvoient ce qu’ils perçoivent comme de l’agressivité.

- Une aide soignante se retrouve les après-midi dans un grand local où se retrouvent 30 personnes démentes, la tension est telle qu’elle dira ne faire que se protéger face à l’agressivité ambiante !

- Un intervenant se sent épuisé en fin de journée, une résidente lui a posé la même question pendant toute la journée.

Dans des circonstances aussi difficiles à vivre il est humain de s’énerver ou de s’emporter verbalement. Certains comportements qui apparaissent inhumains ne sont pas dus aux soignants, ils sont inhérents aux conditions de travail imposées.

Le manque de reconnaissance dans la société s’exprimant par des réflexions telles que « comment peux-tu faire un tel travail ? » ou « quelle horreur, je ne pourrais jamais faire cela ! » est difficile à entendre par bon nombre de soignants. C’est percevoir que son travail est dénigré par ses proches ou critiqué par les médias qui n’en parle que lors d’un accident ou d’une situation de maltraitance.

Le manque de reconnaissance se rencontre aussi à l’intérieur des institutions : les évaluations négatives peuvent en certaines occasions être nécessaires mais les appréciations, les remerciements manquent cruellement.

Les difficultés, les obstacles dressés devant la mise en place de nouveaux fonctionnements acquis lors des formations provoquent frustrations et découragements.

3. La relation aux proches résidents.

Quand un proche devient dément la vie se modifie.

Reconnaître que cela n’arrive pas qu’aux autres, voir que la personne aimée se dégrade, être obligé de placer son parent en maison de repos et de soins, ne pas être reconnu par son conjoint, par sa mère ou son père, chacun de ses évènements entraîne de la souffrance, du questionnement, de l’incompréhension et souvent de la culpabilité. La démence provoque chez les proches de l’angoisse et des besoins de vérification.

Les comportements face aux soignants peuvent devenir méfiants, envahissants…

Certains mettent en doute les compétences des soignants, et les critiquent.

D’autres se plaignent auprès de la direction ou des collègues et provoquent ainsi rivalités et conflits au sein de l’équipe. Quoique les intervenants puissent faire ils n’arrivent pas à les satisfaire !

Ces attitudes sont un mode d’expression d’une énorme souffrance sous-jacente. Plus un proche est inquiet ou culpabilisé, plus il sera exigeant et recherchera la perfection dans la vie de son parent.

Néanmoins ces réactions sont toujours pour les soignants des manifestations d’agressivité pénibles à recevoir et elles deviennent impossibles à supporter et à gérer quand elles sont récurrentes.

Conclusions

L’organisation générale des maisons de repos et de soins nous montre des intervenants coincés entre leur désir d’un juste accompagnement des résidents et les impératifs de la direction et de l’institution mais elle nous présente également des responsables écartelés entre la direction générale ou les pouvoirs subsidiant et l’équipe des intervenants. Une prise de conscience globale est donc nécessaire afin d’améliorer les conditions de travail et d’en augmenter la reconnaissance, y compris financière.

Pour que le travail auprès des personnes âgées et plus particulièrement auprès des personnes démentes en maisons de repos et de soins puisse être épanouissant il faut qu’il se réalise de façon volontaire. Mieux se sentiront les soignants, mieux seront les résidents. Le désir d’être là et le plaisir dans la rencontre avec les personnes âgées sont très communicatifs !

La formation continue des intervenants est indispensable. Elle provoque une rencontre pluridisciplinaire qui permet aux membres du personnel de mieux se connaître et d’aborder ensemble le fonctionnement de l’institution et les potentialités d’évolutions ou de changements. Elle offre des possibilités de remise en question personnelle de la relation aux personnes âgées.

Les supervisions sont également un temps important dans la vie professionnelle du soignant. La présence d’un animateur extérieur à l’institution assure la possibilité de s’interroger sur les relations entre les résidents et les intervenants et entre ceux-ci et les proches des résidents sans se laisser envahir par un imaginaire foisonnant. Elle permet de se questionner au fil des semaines sur son travail et de vérifier si la place occupée par chaque résident est bien au centre des préoccupations et des décisions prises à son égard.


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