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Le bénévolat, son sens, son éthique

Le bénévolat, son sens, son éthique

Article bulletin

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Auteur :
Claire Kebers

Date de publication :
Dimanche 26 Octobre 2008


Mots clés :
accompagnement, bénévole, écoute, éthique, soin palliatif

La grande affaire du bénévolat ou de l’accompagnement d’une personne malade, âgée, en fin de vie, peut être isolée, est de s’engager avec elle dans une forme de réconciliation entre la maladie et la santé ; le bonheur et le malheur ; la solitude (réelle ou ressentie) et l’entourage familial, social, médical ; la vie et la mort.

Une réconciliation qui touche le bénévole comme la personne visitée, écoutée, accompagnée. Mais que demandent des personnes malades, âgées, seules, à leur domicile ou en institution hospitalière quand elles font appel à un bénévole ?

L’accompagnement :

Qui que nous soyons, nous pouvons éprouver, tôt ou tard, le besoin d’être accompagnés, d’être écoutés et surtout d’être entendus… Le vieillissement et les fragilités qu’il engendre, les maladies et leurs altérations ne nous épargneront pas. La fin de vie non plus. Sans même envisager immédiatement ces extrémités, nous ne sommes pas à l’abri d’épreuves physiques ou morales (ou les deux à la fois), fussent-elles momentanées, pas à l’abri de sentiments de solitude (objectifs ou subjectifs), pas à l’abri d’un besoin d’être accompagnés pour pouvoir reprendre confiance en soi et en la vie, malgré et avec ce qui nous arrive, ce qui nous traverse.

Qui que nous soyons, il peut aussi nous arriver, tôt ou tard, de vivre auprès d’un proche malade, handicapé, en fin de vie. Vient un moment où nous constatons que l’amour et le désir de bien faire ne suffisent plus pour affronter quotidiennement les pertes et les dépendances inhérentes à la maladie et à la fin de vie.

Même présents et attentifs, nous comprenons que nous avons des limites, certains les ont plus vite que d’autres, ce n’est pas un jugement, c’est un constat qu’il faut savoir accepter et qui crée, pour celui qui « prend soin » de son proche, le besoin d’être lui aussi accompagné.

Il est des familles épuisées par l’accompagnement de leur proche dans lequel elles se sont investies et finalement négligées… Que la personne malade guérisse ou non, que la personne âgée garde ou non un esprit sain, les proches (ou le proche) portent aussi des blessures, des sentiments de pertes, des lassitudes et des fatigues souvent ignorées de l’entourage ou du malade lui-même. L’ignorance de l’épuisement du proche ne fait qu’ajouter à sa solitude et à son enfermement émotionnel !

Pourquoi enfermement émotionnel ?

Parce qu’il serait jugé indécent qu’il se plaigne… lui qui est encore en possession de ses forces et de sa liberté d’aller er venir !

Mais le terme « accompagnement » que signifie-t-il ?

Peu importe que nous soyons la mère ou le père, la sœur ou le frère, le conjoint ou l’ami, peu importe que les liens qui nous unissent à l’autre soient de sang, d’amour ou d’amitié, ce qui fait l’accompagnement que nous offrons ou dont nous avons nous-mêmes besoin, c’est l’écoute, le respect, la solidarité.

L’accompagnement signifie que quelqu’un est là, présent, pour vous écouter et pour vous répondre, qui que vous soyez, quel que soit votre mal, pour vous manifester que vous avez raison de demander à vous exprimer, raison de demander à pouvoir demander… !

Où mène-t-il ? A plus d’Humain…

La demande d’humain n’a jamais été aussi grande, aussi pressante de la part des patients perdus dans le labyrinthe des scanners, des résonances magnétiques et autres machines et techniques.

La demande d’humain dans notre société et au fond de chacun de nous grandit proportionnellement à l’envahissement des techniques tous azimuts et de l’informatique.

Suite à un accident, Monsieur X, 40 ans, se retrouve dans le service des soins intensifs. Seul, bardé de fils, entouré de machines qui crépitent plus ou moins fort, il se réveille et se pose la question, terrible et insistante, de savoir si ce sont les machines qui le maintiennent en vie ou si c’est lui qui sert à faire fonctionner les techniques !

Plus d’humain, c’est ce que le bénévolat apporte…

Le Docteur Abiven qui a créé la première unité de soins palliatifs en France dans les années 80, à l’hôpital de la Cité Universitaire à Paris, n’hésitait pas à écrire que les bénévoles étaient garants de l’humanité dans le service où ils oeuvraient.

« Le monde des soignants constitue un corps clos et le corps hospitalier, quant à lui est encore « une boite dans la boite »

Il court donc le risque de se replier sur lui-même et de fonctionner en routine sur des habitudes acquises. A l’abri du regard du public, il peut évoluer, sans malveillance aucune, vers la technique, vers une distanciation de plus en plus accentuée d’avec le malade et, au terme, vers une déshumanisation de son travail.

Les bénévoles nous posent des questions opportunes. Si, par mégarde, notre pratique au sein du service dérapait vers une orientation purement technicienne, j’ai la conviction qu’ils sauraient nous le faire remarquer… Ils rappellent aux soignants que les malades ne demandent pas seulement à être soignés pour leurs maux : « il faut les aider à vivre humainement leur fin de vie »

Le bénévolat procède du désir de se rendre solidaire des autres, d’une capacité d’éprouver du plaisir dans le travail relationnel choisi, de la possibilité de disposer de soi dans un temps donné. Les bénévoles ne se substituent pas aux professionnels. Leurs tâches sont différentes, probablement sont-elles facilitées parce que les bénévoles n’ont pas d’actes techniques à poser. Encore que les soignants, particulièrement les infirmières qui gardent le souci de l’humanité de leurs patients et de leur propre humanité, ne soient pas nécessairement déformées par la technique ou empêchées d’être humaines !

Le bénévolat relève d’un état d’esprit, d’une gratuité intérieure à soi (qui n’a rien à voir avec l’argent) et qui n’est propre qu’aux bénévoles…

Lorsque des candidats bénévoles se présentent à un organisme, une institution de soins, une association, ils sont interrogés sur leurs motivations et répondent en général qu’ils désirent aider les autres, se rendre utiles, certains qui ont traversé l’épreuve de la maladie ou vécu des deuils, souhaitent faire pour d’autres ce que l’on a fait pour eux. Il en est aussi qui désirent apporter à d’autres ce qui leur a tellement manqué…

Mais, peut être, est-il utile de souligner qu’il y a deux manières de vouloir accompagner bénévolement : par dévouement et par solidarité ; Le bénévolat s’inscrit dans une solidarité, ce qui ne signifie pas que la notion de dévouement en soit absente. La solidarité qui est la rencontre de notre humanité avec celle d’autrui, donne à ceux et à celles qui ont besoin d’aide, d’écoute, d’accompagnement de se sentir dans une relation égalitaire avec le bénévole. C’est à dire dans une relation sans l’obligation de signer une dette de gratitude. La solidarité du bénévole donne sens à sa présence, à son écoute, à sa parole, à ses actions. Autrement dit, la solidarité donne sens au choix d’être bénévole.

Mais n’est pas bénévole qui veut, il ne suffit pas d’avoir bon cœur, du temps à remplir… et un certain esprit social.

Le bénévolat repose sur une éthique.

Une éthique faite de certaines règles qui forment le cadre dans lequel évoluent le bénévole et les personnes qu’il « accompagne »

Le bénévolat requiert un engagement.

Partout où l’apport de bénévoles est nécessaire et bénéfique, la notion d’engagement est indispensable. Comment poursuivre un programme d’activités avec des bénévoles qui, sous prétexte qu’ils échappent aux contraintes de l’obligation, ne se présentent que comme des amateurs ?

Précisément, la liberté de choisir son mode de travail implique l’obligation morale de s’engager avec sérieux et continuité.

Le bénévolat repose sur des qualités et des comportements voulus par l’éthique.

  • La discrétion qui est appelée aussi le devoir de réserve. Savoir entrer dans la vie de quelqu’un et d’une famille (surtout à domicile) sur la pointe des pieds, en sortir de la même façon.
  • Le respect des personnes cela va de soi, des différences, des croyances, mais aussi le respect de « comment » chaque personne traverse sa maladie, sa solitude, sa vieillesse. Le respect de « comment » chaque famille réagit à l’épreuve et dans son quotidien.
  • L’intelligence de la situation et du moment dans lesquels entre le bénévole, autrement dit : doigté et intuition.

Engagement, discrétion, respect, intelligence relèvent de l’éthique du bénévolat. Mais avant l’éthique, des éléments personnels à chaque bénévole doivent être aussi présents :

  • La capacité de se remettre en question (même avec mon bon cœur, ma générosité et mon souci de répondre à l’éthique du bénévolat, je ne sais pas tout)
  • La capacité de travailler en équipe, de laisser à d’autres le travail commencé par soi ou de le reprendre là où les autres l’ont laissé.
  • L’écoute attentive, qui se fait sans activisme, sans dogmatisme, sans autorité
  • Aller vers l’autre ou dans sa famille sans avoir « besoin » de se rendre indispensable, ce qui serait une manière subtile d’emprisonner les personnes que nous « accompagnons » dans notre besoin qu’elles ait besoin de nous.
  • L’acceptation de nos propres fragilités, de nos impuissances, de nos frustrations. Cette acceptation de nos propres limites nous rend solidaire de l »humanité des personnes qui font appel au bénévolat !

La démarche de rencontre et de réconciliation.

Le bénévolat est en soi une démarche de réconciliation, au sens où il est une démarche de solidarité. La solidarité réconcilie. Là où la solidarité manque, naissent la solitude, la peur, l »humiliation, l’écrasement…
Si le bénévolat offre un terrain de réconciliation, comment cela se fait-il ?

De plusieurs manières :

Nous ne devons rien à ceux qui souffrent, sont isolés, vieillissent (parfois mal) ou meurent parce qu’ils souffrent, sont isolés, vieillissent ou meurent, nous ne leur devons que les soins, le respect, l’écoute, l’accompagnement que nous savons leur donner.

Si nous avons une attention particulière pour ces personnes, c’est parce qu’elles sont appelées à vivre non plus de leur propre image (celle qu’elles avaient avant d’être malade, âgées ou en fin de vie), mais de la parole dont elles témoignent pour nous et dont nous témoignons pour elles. Pour la personne malade, vieillissante, isolée, il s’agit là d’une réconciliation avec la perte de son image.

- « Je suis un pauvre bougre, disait un vieil homme, comment avez-vous la patience de vous occuper de moi ? »

- « Je ne m’occupe pas de vous parce que vous êtes un pauvre bougre, je suis là parce que nous avons des choses à nous dire, peut être ! »

- « Quelles choses ? »

- « Mais des choses de vous et de moi, vous n’êtes pas qu’un pauvre bougre… »

Plus tard, à son fils de 35 ans : « Tu sais fiston, ton père n’est pas qu’un pauvre bougre, ne te fies pas à l’image ! »

En tant que lieu de la solidarité et de l’écoute, la présence du bénévole, son savoir-faire, son savoir-être, permettent à celui ou celle que la maladie, la vieillesse ou la fin de vie dégradent de se sentir encore vivant, c’est à dire, avec des besoins et des désirs, et permettent aux proches (parfois, sinon souvent épuisés) un peu de repos ou de détente.

Quelqu’un disait : « quand la bénévole vient, je peux changer d’air et je reviens comme fortifiée et réconciliée avec moi-même. Je perds souvent patience, mais quand je parle avec la bénévole, c’est comme si tout s’apaisait en moi et autour de moi »

Une infirmière disait (un bénévole pourrait le dire aussi) :

« quand un malade se met à me parler vraiment, c’est comme si quelque chose renaissait en moi, le goût d’une résurrection entre lui et moi et que n’affecte même pas l’approche de la mort »

Dans le cadre du bénévolat, la présence, l’écoute, l’accompagnement prennent la relais de la solitude, de l’angoisse, de la maladie pour en aider non pas la guérison mais « le supportable »

Et quand la personne malade n’exprime rien, ou ne raconte que des banalités ?

Quand la famille elle-même tait ses affects ?

Quand le bénévole n’est appelé que pour rendre des services ?

Qu’en est-il de l’accompagnement et de la rencontre qui réconcilient ?

Le bénévolat ne trouve pas toujours sa récompense ! Et qui peut se targuer d’y renoncer, parfois complètement. C’est ici que se pose la question du plaisir qui accompagne ou devrait accompagner la démarche bénévole. Un plaisir à prendre dans la valorisation et la satisfaction que, très légitimement, tout bénévole souhaite trouver dans l’engagement auquel il a consenti.

Mais le plaisir, c’est aussi quand manque les satisfactions de s’appuyer sur un bonheur personnel intérieur ; Autrement dit, aimer ce que l’on est dans ce bénévolat, aimer ce que l’on y fait, aimer ce que l’on y donne de soi, indépendamment des gratifications qui viendront de l’extérieur. Faute d’éprouver ce plaisir personnel, le bénévole doit se demander si ce type d’engagement est bien celui qui convient à sa personnalité, à son style de vie, à son âge, à ses goûts…

Dans le bénévolat intervient la « dimension du petit », en ce sens qu’auprès du souffrant, de l’isolé, du mourant et de ses proches, que ce soit au domicile ou dans l’institution hospitalière, le bénévole reste celui qui, discrètement, fait d’un geste qu’il pose, d’un mot qu’il prononce, d’un service qu’il rend, d’une suggestion qu’il propose, si petit que cela paraisse, fait quelque chose qui devient essentiel pour le malade et sa famille.

Extrait d’une conférence donnée dans le cadre de l’ASBL « Ecoute et vie », Association de bénévoles,pour ses 5 ans d’activités.


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