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Travailler professionnellement avec ses émotions

Travailler professionnellement avec ses émotions

Article bulletin

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Auteur :
Dimitri Haikin

Date de publication :
Dimanche 26 Octobre 2008


Mots clés :
écoute, personne âgée, soignant, souffrance

Les émotions, voilà bien un sujet qui suscite bien des controverses. “J’en ai beaucoup trop. Moi pas assez, je ne capte rien. Moi, je suis débordée, je ne sais pas les contenir. Je m’en passerais bien car je rougis dès qu’on me parle. Je n’en ai pas, est-ce normal ? Je suis trop sensible, je suis une véritable éponge. Je pleure dès que je regarde un film. Montrer ses émotions c’est se montrer faible, non ? Pour faire le métier que je fais, il faut arriver à faire abstraction de ses émotions sinon on ne tient pas le coup.” Ces extraits authentiques émanent du discours initial de participants en formations.

Par cet article, je voudrais vous faire prendre conscience qu’au contraire, le fait de ressentir des émotions est en soi quelque chose de tout à fait positif, toujours ! D’un point de vue étymologique, “émotion” signifie faire sortir (movere) vers l’extérieur. Il s’agit d’un mouvement de libération des tensions. Celui qui enferme ses émotions, qui les refuse, va en fait les repousser, les empiler au fond de lui-même comme des assiettes. Un moment donné, la compression est telle qu’il n’y a plus de place. Et cela craque. C’est le “trop plein”, il faut que cela sorte bien par quelque part ! Comme s’il s’agissait alors de l’unique sortie de secours, le corps prend alors inévitablement le relais de l’esprit et tente de dire les choses à sa manière. Voilà bien évidemment les maladies psychosomatiques. Maladie, “mal à dit”, “mal à dire” et bardaf c’est l’embardée comme le disait le regretté Manu Thoreau dans “Faux contact”. Et bien sans rire, avec les émotions c’est exactement de cela dont il s’agit: d’établir “un vrai contact” avec son ressenti corporel.

Mais comment savoir que je rencontre une émotion ?

Par l’écoute de mon corps ! La principale fonction de l’émotion est une fonction de signal. Elle agit comme une véritable antenne en m’envoyant de puissants signaux dans le corps. Si je suis à l’écoute de mon ressenti corporel, je peux alors me rendre compte que mes mains deviennent moites, que mon rythme cardiaque s’accélère, que mes intestins se contractent, que mes muscles zygomatiques se tendent, que ma gorge s’assèche,… L’émotion vient m’avertir que je suis en train de vivre quelque chose de l’ordre d’une satisfaction ou d’une insatisfaction. Véritable miracle de l’équipement humain, l’émotion. Une espèce d’airbag psychique installé de série mais dont tous ne sont pas conscients ! Donc, en synthèse, si je ressens un changement dans mon corps du type de ce que je viens d’évoquer ci-dessus, c’est que je suis face à une émotion qui vient me signaler quelque chose. Et puis, me direz vous, cela me fait une belle jambe ? Passons à l’étape suivante.

Comment identifier l'émotion qui est à l'ouvrage avec moi ?

Considérons qu’il existe 4 grandes émotions de base ;

  • La peur
  • La tristesse
  • La colère
  • La joie

Trois négatives et une seule positive? Non. Absolument pas. Une émotion n’est jamais négative en soi puisqu’elle vient me signaler un état d’insatisfaction et donc me permettre – si je la capte – d’agir sur la situation. L’expression de l’émotion dans le corps peut être momentanément désagréable mais toujours utile à me faire évoluer vers un état ultérieurement meilleur. Les émotions sont les alliées de notre qualité de vie.
Comment reconnaître la colère de la tristesse ou de la peur ? Ne sont-elles pas intimement liées ?
Celui qui dit n’avoir jamais peur est celui qui se fera un jour “manger” par le lion car il n’aura pas pu entendre le signal d’alerte lancé par son corps.
Celui qui est souvent agressif ne ressent pas les diverses colères qui sont en lui et ne les exprime donc pas en temps utiles. Celui qui se replie sur lui n’a peut-être pas conscience de l’immense tristesse qu’il a enfouie en lui.
C’est incroyablement courant de confondre nos émotions, de ne pas être en relation avec notre monde intérieur et donc de passer à côté de l’essentiel !

Après identification de l’émotion, qu’en faire pratiquement ?

Une seule voie possible, celle de l’expression. Arriver à dire à l’autre mon ressenti en terme de “je”. C’est cela qui apaise en fin de compte. Arriver à dire: “j’ai peur car dans cette situation je me sens en danger face à…” ou “Cela me fait vraiment plaisir de…” ou “je suis en colère car je sens que mes limites sont atteintes et que je subis un dommage qui est…” ou “je me sens triste car la perte de…”.

Mais est-ce toujours possible d’exprimer ses émotions ?

Non. Exprimer clairement son vécu n’est pas toujours praticable. Cela dépend du contexte dans lequel l’on se trouve. Exprimer sa tristesse suite à la perte de mon poisson rouge n’est pas toujours possible face à son patron. Ce qui importe c’est de pouvoir exprimer sa tristesse à quelqu’un qui vous écoutera. Même si c’est plus tard, ce n’est rien. L’important c’est de pouvoir la partager, de se sentir reconnu par rapport à ce vécu, à cette émotion.

Alors, et celui qui a tendance à exprimer ses émotions à la puissance dix ?

Celui qui explose de colère ou celui qui ne peut plus s’arrêter de pleurer ou de rougir ? Celui qui ne cesse d’être fuyant ?
Bien souvent, c’est le cas de celui qui n’a pas l’habitude de ressentir, d’identifier et encore moins de traduire ses émotions en mots. Cela peut également être lié à un manque de confiance en soi.
Travailler professionnellement avec ses émotions, pratiquement ?
Cela signifie me donner les moyens de me laisser ressentir ce que je vis avec mon patient, la personne en vie ou sa famille.
C’est aussi explorer, décoder et interpréter mes vécus, mes émotions par rapport à ce que le patient éveille en moi. Au plus cet outil est transparent, au plus il est précieux. C’est un engagement émotionnel “dosé” qui permet une vraie compréhension empathique de l’autre.
Etre à l’écoute de moi-même, posément pour m’apaiser et s’ouvrir aux émotions de l’autre.
Indispensables, les lieux de paroles réguliers pour que les professionnels et les bénévoles puissent mettre en mots leurs vécus professionnels.


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