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Ecart de langage

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Auteur :
Anne Debra

Date de publication :
Dimanche 26 Octobre 2008


Mots clés :
communication, formation

A propos de la maladie, du corps, de l'impuissance et de la liberté, de la vie et de la mort.

...l’art indique non pas l’homme tel qu’il est ni tel qu’il devrait être mais l’homme possible. J. Florence.(1)

Notre corps nous est donné tel quel depuis la naissance: il est pour nous habitacle, refuge, moyen d’ancrage dans la réalité et outil de relation avec les choses et les gens. Il est également le lieu de nos désirs et de leur mise en actes. Mais il impose aussi ses limites: sa morphologie, son sexe, son bagage génétique, sa croissance et son vieillissement, ses maladies, ses failles et ses accidents. Et de plus, il est mortel, nous situant d’emblée dans un parcours limité qui nous renvoie à la fois à nos impuissances et au sens à trouver pour notre existence...

On peut alors comprendre que quelquefois, les mots semblent trop faibles, ou trop forts, ou inefficients pour exprimer l’intensité et la diversité des sentiments, des impulsions et des vécus qui touchent au corps et aux événements de son existence.

Un atelier d’expression peut ainsi proposer un cadre, un espace et un temps qui donnent à qui le désire l’occasion de partir à la découverte de sa créativité, des images, des impulsions profondes qui ne se traduiraient pas d’emblée dans le langage verbal. Les médiateurs utilisés ouvrent tous la porte à l’imagination et permettent ou suscitent des démarches diverses: la peinture combine les jeux de traits et de couleurs, de la fascination et de la répulsion; la terre se prête bien aux représentations du corps, de son identité et de leur construction.

Quant aux collages, ils permettent des démarches de recherche d’images et de textes, d’appropriation, de déconstruction et de création d’agencements infinis.

Le cadre de l’atelier constitue un espace pour « concrétiser du psychique », pour déployer son espace intérieur, mais c’est aussi un espace contenant, garantissant ainsi les débordements des uns et des autres grâce à son organisation, ses règles de fonctionnement et ses limites: c’est un espace de transition où peuvent se confronter ou s’harmoniser la réalité des matériaux et l’imaginaire du créateur, le monde extérieur et son univers intérieur, sa personne et celle des autres, le familier et l’étrange. Il n’est pas question ici de performance technique, de compétence artistique, d’apprentissage ou d’évaluation mais d’un cheminement personnel basé sur le désir et le risque d’être soi-même dans ses productions, même si leur réalisation paraît maladroite. « Dans un atelier d’expression, chacun risque sa forme selon son possible, dégageant « à tâtons » ses mouvements et rythmes… on s’intéressera précisément aux hésitation, aux bégaiements, aux impossibilités, aux trouvailles, aux émergences… »2

Tout comme les rêves peuvent sembler étranges ou incompréhensibles au rêveur, bien qu’ils lui appartiennent, le créateur peut être surpris, ravi, dérangé ou inquiété par ce qu’il vient de produire.

C’est pourquoi le temps de production est suivi d’un temps de parole, parole qui permet, en présence d’un groupe de témoins attentifs, de reformuler, de partager, de prendre distance, d’apprivoiser ou de resituer son vécu du temps de production et de sa production elle-même.

Ainsi le rythme des séances et les alternances de temps de production et de temps de parole à l’intérieur de chaque séance viennent scander les rencontres avec les divers aspects de sa créativité et faciliter leur réappropriation ou leur réintégration, c’est-à-dire la réinvention de soi-même.

(1) Florence J.: Art et thérapie, liaison dangereuse?

Fac. Univ. St Louis, Bruxelles, 1997,p.25.

(2) Broustra J.: Abécédaire de l’expression, éd. Erès, 2000, p.102.

Le seul objectif d’un atelier consiste à offrir un cadre qui permette à celui qui le souhaite d’exprimer ce qui l’habite par d’autres moyens d’expression que le langage et de frayer son chemin comme il l’entend, sans qu’il y ait un but à atteindre ou un projet thérapeutique. Mais si les objectifs de l’atelier sont d’abord expressifs et ludiques et non thérapeutiques, ses effets quant à eux sont souvent thérapeutiques, dans la mesure où les participants qui le veulent ou le peuvent y trouvent matière à transformer ou à réinventer leur relation à eux-mêmes ou à autrui.

« Faire place à la créativité, c’est ouvrir des situations: y introduire du jeu pour y favoriser l’émergence d’un je ».3

A.Debra.

(3) Winnicott D.W.: Jeu et réalité, éd. Gallimard, 1975, p.90,19.

BIBLIOGRAPHIE

Anzieux D.: Créer, Détruire, éd. Dunod, coll. Psychismes, 1996

Broustra: L’expression et psychose, éd. ESF, Paris, 1987

L’expression, Psychothérapie et création, éd. ESF, Paris, 1996

Abécédaire de l’expression, éd. Erès, 2000.

Florence J.: Art et thérapie, liaison dangereuse? Fac. Univ. St Louis, Bruxelles, 1997.

Schilder P.: L’image du corps, éd. Gallimard, 2ème éd., 1986.

Winnicott D.W.: Jeu et réalité, éd. Gallimard, 1975.


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