
Auteur :
Le Cefem
Thème :
Deuil
Date de publication :
Dimanche 26 Octobre 2008
Mots clés :
accompagnement, souffrance soignant
Ecrit par Pierre-Philippe Druet
Ce texte est parvenu au CEFEM peu de temps avant le décès de Pierre-Philippe Druet
Au cœur de la crise du système de santé, les soignants font un peu figure de mal-aimés. Ils sont souvent pointés du doigt, comme fauteurs de gaspillage par ceux qui veulent, à juste titre, rationaliser plutôt que rationner.
Aux Etats-Unis, le médecin tend à devenir simple prestataire de soins, lié à son patient par un contrat ordinaire et menacé de procès dès que les résultats du traitement déplaisent au « client ».
Chez nous, la pléthore médicale est accusée de tous les maux, y compris d’entraîner une diminution dans la qualité globale de la médecine. Les infirmières, pour leur part, se vient reprocher, ô paradoxe, d’être trop peu nombreuses et trop revendicatrices d’une amélioration de leur statut. Et je ne dirai rien du leitmotiv de l’humanisation de l’hôpital. Dans un tel contexte, il n’est pas inutile de nous rappeler la spécificité et la complexité de la tâche des soignants ainsi décriés.
Soigner, qu’est-ce ?
Nous prenons l’exemple d’un patient que sa maladie conduit à l’hôpital. Soigner, ce sera accompagner ce patient à travers la crise que représente sa maladie et, si possible, l’aider à en sortir…guéri.
Cette définition n’est pas neutre. Elle affirme d’abord que soigner ne se limite pas, si l’on peut dire, à guérir, spécialement à guérir le seul corps. C’est la médecine contemporaine hyper-scientifique et technique qui s’est fixé la guérison comme objectif unique. Toutes les médecines traditionnelles, par contre, s’attachent à aider le patient à continuer l’histoire de sa vie, sur tous les plans où celle-ci se joue : une réconciliation familiale sera aussi importante que la chute de la température. Le soignant est donc appelé à mettre au service de la personne souffrante toutes les ressources dont il dispose. Et les prouesses techniques n’épuisent absolument pas ces ressources. Il est aussi question de psychologie, d’empathie, de travail de médiation par rapport au médecin, etc…
La définition parle aussi du patient. L’interlocuteur du soignant n’est pas l’organe malade, mais la personne malade dans sa globalité. Soigner ne peut donc consister seulement à appliquer des techniques, même si celles-ci sont indispensables, à un corps muet et passif. Agir ainsi revient à objectiver le patient, à le traiter en objet, bref, à le déshumaniser, ce qui s’annonce moralement inacceptable, même en cas de guérison.
Etre malade, qu’est-ce ?
Notre définition considère la maladie comme une crise. C’est l’évidence, si l’on se souvient que la crise constitue un moment de déséquilibre entre deux moments d’équilibre. Un équilibre s’est rompu : je tombe malade ; j’entre en crise.
Je me racontais tranquillement l’histoire de ma vie et voilà que le fil du récit se brise : aujourd’hui, je ne puis sortir de mon lit. La plupart du temps, le signal de la crise vient de mon corps. Mais tant s’en faut que la crise se limite au plan somatique. Toute entrée en maladie compte nombre d’aspects psychologiques. Il faut d’abord que j’accepte d’être malade. Ensuite, le statut de malade va me pousser dans une certaine régression, tendance par exemple à me laisser « pouponner ». Et la maladie, avec son appareil de souffrance et de douleur, ne peut pas ne pas m’angoisser, allant jusqu’à réveiller de loin l’angoisse de la mort.
Me voilà donc malade et hospitalisé.
Mon statut et mes relations sociales changent. Pour un temps, je suis autorisé « officiellement » à délaisser mon travail, à me reposer et à m’occuper de moi-même, tout comportement généralement exclut de ma vie « publique ».
C’est si vrai que beaucoup tombent malades, inconsciemment, pour jouir de ce statut social particulier. Mais ce dernier ne présente pas que des avantages. Les autre, ma famille, mon magasin continuent sur le rythme effréné de la vie courante. Au sortir de l’hôpital, je serai donc déphasé, il me faudra le temps de rentrer dans la course. C’est le sens de la période, aujourd’hui bien négligée, de la convalescence.
Enfin, d’être malade, cela m’interroge au plan spirituel, quant au sens et aux valeurs de mon existence. Si je suis souffrant parce que je travaillais trop et mangeais mal, ou si ma maladie m’interdit désormais mon loisir préféré, je dois organiser autrement le sens de mon existence et revoir peut-être ma hiérarchie de valeurs. Ainsi, le fait d’être malade entraîne-t-il une crise, mineure ou majeure, de toute la personne.
Soignant-soigné
Si le soignant veut vraiment soigner, c’est cette demande globale du patient qu’il doit rencontrer. Bien sûr, la plainte se situera le plus souvent, et au premier abord, sur le plan somatique. Mais c’est pour le patient le mot de passe pour se faire accepter dans le monde des soins. Derrière et dans cette démarche se cachent les attentes psychologiques, sociales et spirituelles que nous avons évoquées. Impossible d’en faire l’économie dans une médecine qui respecte le patient comme sujet. La tâche peut donc sembler écrasante pour le soignant dont la formation a une forte coloration technique. Il invoquera l’incompétence, la surcharge et le manque de temps. Mais ce serait fuir la dimension proprement humaine et la plus belle de son travail.
En fait, procurer au malade un accompagnement global ne représente pas forcément une « mission impossible ».
D’une part, en effet, nul n’est en charge, à lui seul, du salut du monde et le soignant n’a pas à être aussi un fin psychothérapeute ou un travailleur social de choc. Il est clair que la demande globale du patient ne peut recevoir de réponse que d’une démarche d’équipe et interdisciplinaire. Encore faut-il, cependant, que chacun soit ouvert à la discipline de l’autre. D’autre part, tout ce que nous avons dit du soigné vaut pour le soignant, lui aussi personne globale avec ses désirs multiples.
Ce qui rencontre le patient, ce n’est pas une pure intelligence ou une habileté technique, mais une femme ou un homme en train d’écrire, lui aussi, l’histoire de sa vie. Et ce soignant trouvera infiniment plus de sens dans son action s’il la laisse ce déployer aussi en dehors du registre strictement technique. Il a choisi sa profession par humanité.
Son épanouissement personnel dépend de cette dernière. La retrouver à travers une compétence professionnelle avérée, c’est se poser en sujet, intégrer son travail au sens général de sa vie et humaniser, au sens le plus vrai, sa relation soignant-soigné.
Ce texte est parvenu au CEFEM peu de temps avant le décès de Pierre-Philippe Druet
Par mireille thiebaut, le 23 Février 2009 à 03:15
Bonjour,
Je suis infirmière, en France, où j'ai un projet d'élaboration de formations ressemblant beaucoup à ce que vous faites.
Avez-vous une antenne en France ? Si oui, j'aimerai en connaître l'adresse.
Votre site et vos actions très utiles mériteraient d'être connues et étendues hors de Belgique.
Bien cordialement
Mireille
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