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Nous ne nous sommes pas dit au revoir

Nous ne nous sommes pas dit au revoir

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Thème :
Deuil

Date de publication :
Vendredi 7/12/2007


Mots clés :

 
Nous ne nous sommes pas dit au revoir

Un livre sur « la dimension humaine du débat sur l’euthanasie ».

C’est dire s’il tombe à point ! Néanmoins, il ne s’agit aucunement d’un ouvrage polémique, simplement – la simplicité est chose souvent ardue – il est dit tout au long de trois cents pages les incertitudes, les souffrances, les hésitations, les émotions de tous ceux qui, autour du mourant, c’est à dire, les médecins, les soignants, les familles, l’équipe pluridisciplinaire et palliative, ne veulent que le respect du malade. Ceux qui l’écoute dans son « j’existe », c’est à dire dans sa dignité, et par voie de conséquence l’approchent, avec leur propre dignité de soignants.

Beaucoup de choses et des plus importantes ont été dites et écrites ces derniers mois à propos de l’euthanasie, interdite ou nécessaire, solution du moindre mal ou recours à la facilité.

Les témoignages d’expériences vécues par des médecins, des infirmières, des éthiciens et des juristes n’ont pas manqué aux débats sensés apporter une réponse au clair-obscur dont chacun, en toute bonne foi, voudrait sortir l’euthanasie.

En attendant, sous le titre évocateur « pas d’acharnement euthanasique » (Libre Belgique du 16 juin 2000) , le Docteur MOENS, président de l’Association Belge des Syndicats Médicaux, écrit : « la situation hyper-individuelle d’une décision prise par un individu entouré de soignants et de ses proches ne peut être contenue dans une loi. De plus, dépénaliser l’euthanasie ébranlerait littéralement le monde. »

Le livre de Marie de Hennezel nous invite à réfléchir sur la fin de vie et le rapport que celle-ci instaure avec ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre selon leur rôle, prennent soin du malade qui va mourir.

Belle histoire que celle de ce médecin généraliste qui, à sa patiente agressive parce que s’estimant mal soulagée, mal soignée, mal ceci, mal cela, et réclamant qu’il hâte sa mort, répondit : « Mon Dieu comme ça doit être affreux d’être à votre place ! je ne sais vraiment plus quoi faire avec vous ! » Aveu qui ébranla la malade, ses larmes coulèrent et dès ce jour elle cessa de réclamer la mort et de se plaindre en adressant des reproches au monde entier.

Si les soignants professionnels pouvaient, disons plutôt osaient dire au malade ou à ses proches combien sa demande de mort les bouleverse et leur fait violence !

Si les médecins pouvaient, les soignants quotidiennement au chevet des malades tout autant, « confronter » certaines agressivités des malades, au lieu de s’en protéger !

Les relations soignants-soignés-familles ne seraient-elles pas plus ouvertes, plus confiantes, plus saines ?

Il est un aspect des choses sur lequel Marie de Hennezel insiste, tout en ayant conscience qu’elle présente le problème de la demande d’euthanasie sous un angle inhabituel, mais combien véridique ! L’angle de la violence qui est faite au médecin, au soignant, à quiconque se trouve confronté à une demande explicite de mort.

Toute maladie grave qui plus est à caractère mortel constitue une agression à l’égard de celui ou de celle qu’elle touche, qu’elle envahit. C’est dire que le malade exige non seulement une écoute et des soins, mais il exige aussi « un échange qui remet en cause la division fonctionnelle entre bien et mal-portants »

Autrement dit, « le désordre vital » dont souffre le malade, il le jette à la tête de ses soignants dans le but d’être aidé à mettre de l’ordre entre espoir et désespoir, acceptation et rejet, vie et mort. Il peut arriver, plus souvent que les soignants et même les proches n’y prêtent garde, que le malade mette son entourage en état d’impuissance et d’échec par le biais d’une demande de mort. A la figure de ceux dont il attend tout, les soins, l’écoute, la guérison, la sérénité, le malade jette la violence que lui font sa maladie, son mal-vivre mais aussi la non écoute qui l’entoure. Confronter cette violence, au lieu de la nier, de la fuir ou de vouloir à tout prix la neutraliser, c’est ce que le malade attend de ceux qui le soignent ou l’accompagnent.

Le « je ne sais plus quoi faire avec vous » du médecin généraliste à sa patiente demandeuse d’euthanasie s’est confronté au « je ne sais plus quoi faire avec ma maladie que vous ne savez pas guérir » !

De cette rencontre humaine et de cette acceptation de deux impuissances a jailli une relation de confiance… La demande d’euthanasie s’est comme évaporée…

Et l’auteur de poser une question finalement peu entendue dans les débats sur l’euthanasie : « est-ce parce que nous respectons si mal les droits naturels des mourants – être informés, soulagés, écoutés, apaisés, traités comme des personnes à part entière – que nous leur laissons en échange ce droit exorbitant de nous le faire payer… » en réclamant la mort ?

La compassion est invoquée pour justifier la décision d’abréger la vie de celui qui souffre et que l’on ne peut plus guérir ou auquel ne peut plus être offerte une rémission. L’euthanasie serait-elle dictée par l’impossibilité « d’être avec le mourant » sur le chemin de tous ses abandons ? Il serait temps de mettre la compassion à sa vraie place, de ne pas s’abriter derrière elle pour justifier un acte dicté par l’incompétence (en matière de douleur), la peur, la pitié, l’impuissance.

La vraie compassion, insiste Marie de Hennezel, « se vit en équipe, se partage, se porte à plusieurs. Elle est une mise à nu, un engagement dans lequel chacun risque sa propre souffrance »

La force de la tendresse, qui ose en parler et la proposer ?

« S’il vous plait, aider-moi » gémit le malade mourant. Personne ne venant à lui pour parler doucement, lui dire qu’il peut se laisser aller à mourir, lui demander ce qui lui ferait du bien, le veiller et porte son angoisse avec lui, il veut en finir !

A sa demande, écrit Marie de Hennezel, si l’élan de la compassion et la distance professionnelle sont compatibles au chevet du mourant ? Et de réclamer à cor et à cri « des professionnels à visage humain »

Un livre choc rempli de cas vécus, d’histoires vraies, de constats au caractère inhumain, de tendresses inaltérables, de questions incontournables, de réponses en regard desquelles la solution euthanasique fait figure de lâcheté.

Encore, l’auteur de cet excellent ouvrage, n’est-elle pas opposée de manière aveugle, sourde et rigide à une euthanasie « éthiquement tolérable » mais c’est à changer un état d’esprit plutôt que la loi qu’il faut aujourd’hui s’atteler.

« Nous avons si peur de voir mourir les autres que nous préférons prendre les devants. Nous avons si peur de ne pas savoir mourir que nous préférons demander qu’on nous tue »

Une vie qui s’éteint lentement, « trop lentement » disait cette vieille dame.

« Deux mois pour mourir, c’est long »

« A quoi passes-tu tes journées ? » lui demande son fils…

« A aimer, sans doute » répond-elle.

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