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Mourir, ultime tendresse

Mourir, ultime tendresse

Recension de livre
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Recension de :
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Thème :
Deuil

Date de publication :
samedi 8/12/2007


Mots clés :
soin palliatif, mort, deuil, écoute, accompagnement

 
Mourir, ultime tendresse

MOURIR, ULTIME TENDRESSE

Des propos pris dans le vif de la vie et de la mort, hors de tout jargon, pleins d’humanité et de tendresse. La tendresse préfigurant au sens fort l’alliage inaltérable de la lucidité et de l’amour.

Trois moments fondamentaux se partagent ces 150 pages (pas beaucoup de pages pour un si grand sujet, mais quelles pages…) :

L’hôpital ; de quoi meurt-on ; la formation.

Titres qui révèlent le contenu et l’intention.

La maladie est ici abordée, reconnue, traitée, accompagnée comme « une expression de la personne »

« La replacer (la maladie) dans son contexte, faire en sorte que le malade la reconnaisse comme telle, est une nécessité qui conditionne le choix thérapeutique »

Tout est dit dans cette seule phrase : la maladie, le diagnostic, la vérité, l’écoute, le traitement, l’accompagnement. Mais, souligne aussitôt l’auteur, la dimension humaine et psychologique, voire affective de la présence du soignant « ne minimise pas l’importance de l’activité médicale qui accompagne et appuie le travail du malade vis-à-vis de sa maladie, il la relativise simplement. »

Madame Chanceaulme, sans jugements simplistes mais avec fermeté, relève « les résistances auxquelles se heurte encore aujourd’hui une telle conception qui, entre autres, remet en cause l’activité du médecin comme seul vecteur de guérison. C’est pourtant à ce prix que son action ne sera pas vaine, c’est bien cette perspective qu’il lui faut intégrer »

Perspective qui s’inscrit dans la question redoutable et redoutée de tous mais particulièrement des soignants : pourquoi mourir ?

A lire le livre d’un bout à l’autre avec attention, l’on se rend compte qu’une chose est de s’interroger « pourquoi mourir ? » autre chose est de questionner « mourir, pourquoi ? » Cette dernière question s’inscrit dans la destinée humaine, inexorablement, tandis que la première interrogation implique tout un courant d’idées, de comportements et de formation dans la manière d’accompagner la mort de l’autre. Mais pas seulement la mort de l’autre, la nôtre aussi et par priorité.

A dire vrai, que l’on soit soignant professionnel, famille ou bénévole, notre manière d’accompagner le malade et le mourant passe indubitablement par la manière dont chacun de nous se comporte avec l’idée de sa propre mort et , avant cela, l’idée de son propre vieillissement. C’est là, le chemin incontournable de quiconque prétend « soigner » au sens précis et large du mot. D’où l’impérieuse nécessité non seulement de ne pas se croire immortel, mais de prendre conscience de sa mortalité. Ce qui suppose une formation autre que seulement médicale, une formation qui passe par la connaissance et l’expérience des résistances que l’on porte vis-à-vis de la maladie, du vieillissement, de la détérioration, de la mort et, néanmoins, la nécessité de se protéger adéquatement des méfaits de l’angoisse et de la fatigue.

La relation avec le mourant peut alors changer radicalement de nature, ne plus être un accompagnement des mourants fait de négation, d’évitement ou au mieux de paroles lénifiantes… mais plutôt que le malade puisse non seulement mourir en paix mais aussi vivre par la lucidité acquise qui ferait qu’il renoncerait à la maladie sitôt qu’elle deviendrait inadéquate, excessive… pour s’actualiser en d’autre jeux, non plus de mort mais d’amour.

L’auteur fait allusion aux maladies psychosomatiques dont nul n’ignore qu’elles ont une composante psychologique importante et qu’il es possible de grandement les alléger sinon de les guérir quand la maladie en soi le permet. Mais plus encore, l’auteur veut souligner qu’une des données fondamentales à laquelle la formation des soignants doit – devrait – aboutir, c’est l’utilisation que font ou feront les soignants de la subjectivité du malade, de sa manière à lui d’être malade, de son vouloir en sortir ou y rester, de son intégration personnelle de la vie et de la mort. La formation du soignant professionnel doit aider le malade, sinon le conduire, quand le temps est donné, à la liberté et à la responsabilité de ses choix.

Outre ces quelques réflexions à propos d’un ouvrage de base que tout soignant professionnel et « accompagnant » doivent avoir lu, il serait impensable, dans les conditions actuelles de la médecine de pointe, de ne pas relever, fut-ce brièvement, que cette qualité d’accompagnement n’est rendue possible que sous le contrôle adéquat et permanent de la douleur, douleur-physique, douleur-détresse, douleur-chantage, douleur-tout court !

Douleurs dont on sait qu’elles se manifestent différemment chez chaque malade.

Enfin, est-il significatif qu’en parlant implicitement tout au long de son livre des soins palliatifs, l’auteur jamais n’en prononce le mot ? Probablement, et ceci n’est que mon hypothèse, Madame Chanceaulme accrédite-t-elle l’idée – et elle aurait raison – que les soins palliatifs ne sont que l’expression expérimentale d’un accompagnement exceptionnel des mourants et qui devrait tôt ou tard faire place à un accompagnement entré dans l’habitude.

Non la routine, mais l’habitude fichée dans la conscience individuelle et collective.

Recension proposée par Claire Kebers

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