
Voilà un livre à mettre en toutes les mains : simple et bouleversant.
Au fil des pages, ce sont les diverses questions soulevées lors de nos formations qui reviennent :
C’est l’histoire d’Emmanuel, écrivain, qui se retrouve bien malgré lui au centre de deux événements majeurs qui vont chambouler sa vie.
En l’espace de quelques mois, il sera confronté à la mort de deux de ses proches. Pour lui, c’est le premier contact avec ce qui lui fait le plus peur : la mort.
Noël 2004 : Delphine et Jérôme sont confrontés à la mort de leur fille au cours du Tsunami en Asie du Sud –Est. La petite Juliette a été emportée par la vague.
Alors que la majorité des familles endeuillées reste sans réaction face à l’ampleur du désastre, Jérôme se lance à corps perdu dans les questions pratiques : « c’est sa façon à lui de rester en vie, et de maintenir sa femme en vie ».
Les deux enfants de l’auteur sont sains et saufs. D’emblée, il est confronté à cet immense écart : « la veille encore, ils étaient comme nous, nous étions comme eux mais il leur est arrivé quelque chose qui ne nous est pas arrivé et nous faisons maintenant partie de deux humanités séparées ».
Dans cet environnement où la mort est omniprésente, il choisit d’emmener son fils au village. Il se dit que « ne rien voir est peut être plus traumatisant que de voir des cadavres ».
Et pour Delphine qui a perdu sa fille, comment ne pas haïr cette femme qui serre son enfant encore en vie ? Comment ne pas avoir l’espoir d’un miracle : « rends-moi le mien, prends le sien et fais que ce soit elle qui ait mal comme j’ai mal. »
Quelques semaines plus tard, Emmanuel assiste à la fin de vie de sa belle sœur qui se prénomme, elle aussi: Juliette, 33 ans.
Là encore, il nous décrit la vie avec toutes les questions qui se posent :
· Juliette est mère de trois enfants en bas âge. Comment annoncer à ses enfants qu’elle va mourir ? Comment les préparer à la vie qui les attend sans leur maman ?
Qu’est ce qui se passe dans la tête d’un enfant qui sait que sa mère est en train de mourir ?
« On doit deviner, même sans mots, qu’il se passe quelque chose d’immensément grave autour de soi, que la vie est en train de basculer, qu’il n’y aura plus jamais vraiment de sécurité »
· Comment annoncer à ses parents qu’on va mourir ? Comment ne pas se faire du souci pour eux, comment leur dire qu’on ne veut pas qu’ils s’installent chez nous ? « leur présence aurait refait de Juliette la petite fille qu’elle ne voulait plus être ».
· Comment accompagner un proche qui vit ce diagnostic terrible ? « ne pas chercher quoi dire d’intelligent, laisser venir les mots qui sortent. Ce ne sont pas forcément les bons, mais c’est seulement comme cela que les bons ont une chance de sortir ». Patrice accompagne sa femme jusqu’à la mort. Il vit les hospitalisations répétées, la fatigue intense, les annonces médicales qu’on aurait préféré ne pas entendre. Alors dans les derniers moments de Juliette, il lui raconte leur vie, le bonheur qu’elle lui a donné... ;
Pour Emmanuel, que la mort a épargné jusqu’ici, l’envie de parler et d’écrire sur ces moments lui fait rencontrer un ami de Juliette qui a parcouru lui aussi un chemin suite au diagnostic il y a 20 ans d’un cancer. Il va raconter son expérience de vie, sans pudeur, aussi bien sur sa sexualité affaiblie durant le traitement, sur sa possible stérilité, sur son image de soi alors qu’il a du être amputé mais aussi sur sa réussite professionnelle, sur l’amour qu’il trouvera enfin et l’accompagnement qu’il a pu offrir à Juliette.
Emmanuel n’est pas sorti indemne de ces deux histoires. Il a du, pu et su confronter son couple aux grandes questions de la vie, et ces deux événements lui ont permis de se reconstruire. Aujourd’hui, lui et sa femme sont prêts à vieillir ensemble.
« Il y a quelques mois, si j’avais appris que j’avais un cancer, que j’allais bientôt mourir, est ce que ma vie aurait été réussie ? J’aurais dit que non. J’aurais dit que j’avais réussi des choses, que j’ai fait ce que j’ai pu, avec mes moyens et mes entraves. Mais l’essentiel, qui est l’amour, m’aura manqué. Après la vague, je t’ai choisie, nous nous sommes choisis et ce n’est plus pareil. Tu es là près de moi et si je devais mourir demain, je pourrais dire que ma vie a été réussie. »
Joelle Durbecq
Directrice du Cefem
aux Editions P.O.L
aux Editions P.O.L