
Par : Sophie Duesberg
, le 08/08/2008
Un jour nous aurons 60 ou 80 ou 100 ans ! A cet âge que peut-on imaginer comme style de vie ? Nos vieux jours méritent que nous y réfléchissions un instant.
Lors de formations ou d’espaces de parole adressés aux soignants en maisons de repos et de soins, nous entendons que ces derniers sont de plus en plus confrontés au suicide de la personne âgée.
Mourir à 80 ans, c’est « normal » et donc perdre son conjoint à cet âge aussi. Mais : « normal », cela veut-il dire facile ?
Rarement abordé dans notre société, le suicide des personnes âgées est souvent qualifié de « légitime » ou encore de « rationnel ». Moins spectaculaire que chez les jeunes, il est perçu comme un choix « sensé » : celui d’avancer un peu l’heure de sa mort. Pourtant, les personnes âgées souffrent. Leur mal-être ne perd pas en intensité à mesure qu’elles avancent en âge.
Les décès chez les personnes âgées sont classés sous « mort naturelle » lorsqu’il n’y a pas évidence d’une mort par suicide ; dans de nombreux cas, il s’agit de suicides déguisés ou cachés.
On procède rarement à des enquêtes lors de décès.
Chez les personnes âgées, les conduites suicidaires aboutissent presque toujours au décès. Il n’est plus question ici d’envoyer « un signal de détresse », mais bien « d’en finir ».
Ces personnes n’ont pas forcément d’antécédents psychiatriques ou de handicaps physiques majeurs.
Que se passe t’il alors ? Quels sont les éléments qui ont un impact si important ?
- une retraite mal préparée
- les pertes physiques, affectives et matérielles sont nombreuses
- le veuvage est un facteur important de détresse
- l’anticipation d’un placement en centre d’accueil
- le placement en institution
- certaines conditions d’hébergement, la maltraitance
- l’isolement et l’effritement du réseau social et l’insatisfaction face au nouveau réseau
- l’hésitation à demander de l’aide
- la crainte de déranger, d’être un poids pour les autres
- le sentiment d’inutilité
- la baisse d’estime de soi
Y a-t-il des signes précurseurs du suicide des personnes âgées ?
Un dépistage est-il possible ?
Lorsqu’une personne âgée :
…. ne tient plus compte de son hygiène physique, néglige son aspect vestimentaire, ne s’intéresse plus à ses plats préférés, n’a plus d’appétit ou ne mange plus, se désintéresse de ses enfants et petits-enfants, consulte un médecin sans raison apparente, abandonne des activités simples comme regarder la télévision, ne s’occupe plus de son animal ou le confie à quelqu’un d’autre, s’isole, devient mutique, semble triste ou déprimée, s’exprime de moins en moins, fait des allusions codées du type : avoir le sentiment de ne servir à rien ou d’être un poids pour autrui, ou plus clairement dit qu ‘elle a envie de partir ou d’en finir…..
Une prise en considération passe par l’écoute de la personne. Accepter de prononcer le mot « suicide » signifie qu’on peut entendre la personne et qu’on accepte sa souffrance.
Etre à l’écoute permet d’évaluer l’imminence du risque : est-ce que l’idée du suicide est une pensée passagère ? un fantasme ? un désir ?
Conclusion.
Le suicide de la personne âgée est un réel problème de santé publique ; il est en hausse dans une certaine indifférence générale.
A l'inverse du suicide de l'adolescent, le suicide de la personne âgée provoque peu d'émoi médiatique ; c’est un problème méconnu, sous-évalué et banalisé : passé un certain âge, la mort ne surprend plus…. Pourtant, crise suicidaire et crise du vieillissement ne doivent pas être confondus.
Notre société a-t-elle le droit de laisser ses personnes âgées se suicider ?
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